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Virée oncologique

"C'est un cancer." Tout commence par cette petite phrase.

FIN DE PROTOCOLE

Publié le 5 Avril 2016 par Sophie dans cancer - témoignage

FIN DE PROTOCOLE

Je me souviens...

De cet IRM, passé un vendredi à 18 h. Il avait fallu aller à Toulouse, parce que celui de ma ville était en panne.

Toute la journée, j'ai angoissé en attendant ce RDV, tentant de trouver désespérement un moyen d'y échapper.

Angoissée par les deux heures de route dans le VSL pour rejoindre l'hôpital. Quand on sort d'un mois de rayons et de chimio, prendre la voiture ressemble fort à une traversée en bateau par grosse tempête....

Angoissée par l'examen lui même parce qu'il était celui qui clôturait le protocole et allait décider de la suite. Soit la tumeur était résorbée, soit....

Je me souviens de l'attente dans la salle. Beaucoup de patients jeunes semblant souffrir du genou. A mon entrée, la plupart nous ont regardé, moi et mon accompagnateur, l'ambulancier. Je me suis dit que j'étais beaucoup plus malade qu'eux.

Je me souviens de la question posée dans la petite cabine.

"Vous êtes ici pour quoi ?"

"J'ai un cancer."

Je me souviens de l'examen lui même. J'ai eu peur de la crise d'angoisse, de l'étouffement. J'ai tenté de me rassurer, respiré avec le ventre. Des images m'assaillaient, que je ne parvenaient pas à chasser. J'ai revu l'enterrement de mon père, la fosse, le cercueil...

"C'est fini. Vous attendez dans la salle d'attente pour les résultats."

Après quelques minutes, le médecin m'a appelé.

"Il n' y a plus rien. La tumeur a disparu. "

"Vous êtes sûr ?"

"Oui, regardez. On vous a sans doute parlez de curiethérapie ?"

"Oui."

"C'est bien."

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STOP

Publié le 1 Avril 2016 par Sophie dans cancer - témoignage

STOP

Cette maladie m'aura obligé à m'ARRETER. C'est un fait.

"Avant", mon agenda était rempli à bloc. Et j'aimais ces rdv qui s'enchainaient ; j'aimais courir après le temps. Cette hyperactivité était devenue ma marque de fabrique. J'étais la fille dynamique, à fond dans tout, menant de front une vie professionnelle riche et une vie de mère célibataire, avec mes deux ados, parvenant à gérer leur scolarité, leurs activités et leur adolescence.

Bref, je m'en rends compte, je n'étais pas loin de la superwoman !

Certes, j'avais essayé de ralentir, m'essayant au yoga, au T.shi, à la méditation de pleine conscience et toutes ces activités à la mode. Mais tout cela était trop lent !

Et tout d'un coup, tout s'est arrêté. Du jour au lendemain, mon agenda s'est vidé. Seuls des rdv chez les médecins, pour les IRM et les rdv chez le dentiste pour mes enfants emplissent les jours.

Cette arrêt s'est fait en deux temps. D'abord, il y a eu la phase "protocoles", pour vaincre la maladie. Durant cette période, mes journées étaient rythmées par les RDV pour les rayons, la chimio, la curithérapie...et les heures passées à faire face aux effets secondaires : nausées, vomissements, fatigue extrême, intellectuelle et physique.

Et puis, vient ce que j'appellerai la période à proprement dit de "convalescence" ; celle qui correspond au mot que ne cesse de me répéter mon médecin : REPOS.

REPOS, cela signifie ne rien faire. De toutes façon, après de tels traitements on est incapable de faire quoi que ce soit.

Alors, je suis entrée dans une sorte d'hibernation, ou de retraite, comme un ermite qui se retire dans sa grotte. Relations avec autrui au minimum, activités très restreintes si ce n'est la lecture, visionnage de films, courses, repas à préparer et dormir, dormir.

Et contrairement à ce que j'aurai pu penser, j'apprécie cette solitude, ce temps retrouvé qui me permet de me regarder, de m'observer...et de m'accepter,...de m'aimer..

Il m'aura donc fallu un "bon cancer" pour me retrouver.

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EGOISME

Publié le 24 Mars 2016 par Sophie dans cancer - témoignage

EGOISME

Je me moque complètement des attentats et de leurs victimes.

Je me moque complètement de la situation politique désastreuse.

Je me moque complètement des malheurs des autres et du monde.

Seul m'importe mon cas, mon cancer, ma maladie et les jours et les mois et les années à venir.

Seuls m'importe mes enfants. Vais je les accompagner sur leur chemin de vie ?

Rien ne m'importe d'autre.

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LETTRE

Publié le 24 Mars 2016 par Sophie dans cancer - témoignage

LETTRE

Je me dis qu'il faudrait que je prenne le temps d'écrire une lettre à chacun de mes deux enfants, au cas où je partirai, pour leur dire combien je les aime, combien j'ai confiance en eux, en leur avenir et combien je regrette de ne pas les accompagner plus longtemps sur le chemin de la vie.

Certes, je leur dit régulièrement tout cela, "oralement", mais je sais qu'avec le temps, les images s'effacent.

Plus de 30 ans après sa mort, je ne me souviens pas de mon père, de son visage, de sa voix et de son odeur. Je n'ai nulle trace de lui, si ce n'est quelques rares photos qui ne me disent pas grande chose. Un mot de lui, me parlant avec douceur, me disant son amour me ferait du bien. Encore aujourd'hui.

Certes, actuellement, je suis en convalescence, et les examens sont optimistes. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que tout peut s'arrêter en quelques secondes.

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JOURNAL INTIME

Publié le 22 Mars 2016 par Sophie dans cancer - témoignage

JOURNAL INTIME

Bon, ok, je suis sur les réseaux sociaux, Facebook, Tweeter, instagram....et pourtant je ne partage pas ce blog...que j'écris même anonymement...

Alors à quoi sert ce blog si personne ne le lit ?

En fait, je le prends un peu comme un journal intime....en me disant que peut être, quand tout cela sera terminé, en bien ou en mal, ma famille, mes amis, mes intimes pourront lire ces mots.

Mais pour l'instant, je n'ai pas envie qu'ils lisent tout ca. Qu'ils lisent mes tourments, mes angoisses, mes doutes. Pour les protéger, sans doute. par fierté peut être. Comme pour ne pas casser l'image qu'ils ont de moi.

J'ai tellement l'impression qu'ils me voient comme quelqu'un de fort, de courageux, prête à tout affronter....et parfois, j'ai tant de doutes, d'angoisses, de fatigue, d'épuisement.

Alors, non, pour l'instant, je ne partagerai pas ce blog, l'écrivant anonymement, sans censure de ma part.

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VERITE

Publié le 22 Mars 2016 par Sophie dans cancer - témoignage

VERITE

Je me souviens...

de cette phrase prononcée, au tout début de cette aventure, dans le cabinet de l'oncologue :

"Il faut me dire ce qu'il en est, la vérité. Je suis seule avec mes deux enfants. Il faut que je m'organise."

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IMMORTELLE

Publié le 17 Mars 2016 par Sophie dans cancer - témoignage

IMMORTELLE

Les huit dernières années ont été l'une - sinon LA - plus belle période de ma vie.

Après mon divorce, j'ai déménagé, changé de région, changé de boulot, pour commencer autre chose, une autre vie comme on dit.

Pendant ces huit années à vivre seule, fusionnelle, avec mes jumeaux, j'ai vécu intensément le quotidien ; appréciant les instants les plus anodins, routiniers comme ceux plus intenses.

Après tant de moments difficiles, compliqués où j'avais failli sombré, je connaissais le prix de cette vie sereine, joyeuse...heureuse.

Bref, je reprenais ma vie en main avec la forte intention d'être heureuse.

Et j'appréciais tout, vraiment tout, à fond.

Le petit-déjeuner dehors, dans le jardin.

Les calins improvisés avec mes jumeaux.

Les bons petits plats préparés.

Les sorties à la mer, au ski. Les restos pour fêter une bonne note, un match gagné.

Les bouffes entre potes.

Les petites virées toutes proches ou plus lointaines.

Les balades à vélo.

Les conversations secrètes avec chacun de mes ados...

Pendant ces huit années, j'ai vécu à fond, tentant de donner à mes enfants de bonnes fondations, pour qu'ils soient sûrs d'eux, qu'ils aient confiance en la vie et en l'avenir. Pour qu'ils aiment la vie.

J'ai changé de boulot, passé des concours, que j'ai eu et qui m'ont permis de me réaliser dans mon travail.

J'étais bien, en forme, en pleine vie, confiante, belle de cette vitalité qui faisait mon identité.

J'avais tout. Jamais je n'avais ressenti un tel sentiment de plénitude. Je me sentais forte, puissante, immortelle. Rien ne pouvait m'arriver. Rien ne pouvait arriver à mes enfants à qui l'avenir ouvrait grand les bras.

Pourtant, aujourd'hui, avec le recul, je me rends compte que durant ces huit années de plénitude, de vie intense, la tumeur progressait en moi, insidueusement. Pendant que je vivais à fond, la mort prenait possession de mon corps, s'installant tranquillement, en prenant tout son temps.

Plus je vivais et plus la tumeur grossissait, comme si cette dernière se nourrissait de mon énergie, de ma vie même.

Faut il y voir une quelconque morale, une philosophie ?

Je n'en sais rien. Et je m'en fous.

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ACCEPTATION

Publié le 16 Mars 2016 par Sophie dans cancer - témoignage

ACCEPTATION

Quand le corps est si las, si fatigué, si épuisé que tout mouvement, tout déplacement relève de l'impossible.

Les actes les plus simples, les plus quotidiens ont des accents de compétitions olympiques : sortir du lit, prendre sa douche, préparer à manger....

Les déplacements les plus anodins relèvent d'un triathlon : aller chercher le courrier à la boîte aux lettres, faire les courses, porter les enfants au sport...

Moi l'hypéractive, la maman solo qui courait partout, vivant à 350 à l'heure, me voilà à présent obligée de vivre au rythme ralenti, comme si ma vie restait bloquée sur pause.

Au début de l'expérience, je ne me posais pas de questions, je laissais filer tout ca, parce que mon cerveau était aussi fatigué que mon corps. Puis,il y a eu une phase de révolte, d'injustice. J'essayais de forcer mon corps, de me battre contre cette fatigue. Mais j'ai vite compris qu'il fallait accepter la situation.

A présent, je suis plutôt dans l'acceptation. J'ai appris à vivre à ce rythme lent, à faire avec ces heures longues et lentes, que je remplis à coup d'images télévisées et de pages lues.

Je crois même que j'accepte sereinement cette fatigue qui me cloue sur le canapé, ces heures de sommeil anarchiques qui peuvent m'assaillir à n'importe quelle heure de la journée, et ce corps, si lourd, si las, si fatigué...

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PENSEES HONTEUSES

Publié le 8 Mars 2016 par Sophie dans cancer - témoignage

PENSEES HONTEUSES

C'était il y a quelques jours, lors d'une journée noire,lorsque le corps se traîne,lourd et que la tête est vide tant la fatigue est intense. Je suis allée faire les courses, pour me "sortir", et dans les rayons du supermarché, au rayon fruits et légumes, je suis tombée sur une collègue, que je n'avais pas vu depuis longtemps, depuis le début de ma maladie.

Je n'ai pas trop envie de parler, recroquevillée sur moi même, sur ma maladie, mes souffrances...oui, je l'avoue, je suis dans l'auto lamentation...

C'est elle qui m'aborde, me demandant comment ca va. Je réponds un "ca va" évasif, comme pour marquer mon envie de ne pas engager la conversation.

Et à mon "Et toi ?", voilà qu'elle me répond qu'elle a un cancer du sein, très avancé, qu'on lui a oté les deux seins, qu'elle a des rayons, de la chimio, qu'on va certainement lui ôter l'utérus....Bref, c'est pas la forme. C'est pire que moi.

Et voilà que je me surprends honteusement à me dire "C'est bien plus grave que moi. Moi, j'en suis quasiment sortie...elle, c'est pas gagné...."

Et voilà que je me surpends honteusement à aller mieux.

Voir pire que moi me fais du bien, me redonne le moral, un peu d'optimisme.

J'ai honte de moi à ressentir tout ca et pourtant...les sentiments sont là.

Où est passée mon empathie ?

Je suis devenue complètement égocentrique.

Tout ca n'est guère brillant...

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JE FAIS PEUR !

Publié le 8 Mars 2016 par Sophie dans cancer - témoignage

JE FAIS PEUR !

Non contente d'avoir un cancer, voilà que je dois me déplacer à présent avec des béquilles suite à une rupture du ménisque. Les festivités continuent !

Avec mes béquilles, c'est clair, je fais pitié.

Cependant, deux attitudes se font jour face à ce signe extérieur de souffrance...

- Il y a les personnes qui ne connaissent pas ma "grave "maladie. Ceux là, ont une attitude normale, en me demandant le pourquoi de ces béquilles, compatissants avec mon handicap. "Le ménisque, ce n'est pas grave, cela s'opère facilement...."

Une attitude normale, quoi...

Et puis, il y a les autres, ceux qui connaissent "mon combat contre la maladie", et qui, au vue de mes béquilles, ne semblent tout simplement pas les voir.

Ils me croisent, me disent bonjour, tout simplement, ne me demandant surtout pas de mes nouvelles...Bref, je leur fait peur.

Peur de quoi d'ailleurs ? Que je me répande en lamentations sur mon état de santé déplorable ? Ce n'est pas mon genre....

Peur que ma scoumoune ne s'attrape ? Peut être...

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