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Virée oncologique

"C'est un cancer." Tout commence par cette petite phrase.

"BONNE MERE"

Publié le 24 Mai 2016 par Sophie dans cancer - témoignage

"BONNE MERE"

Je me souviens...

Dès le début du protocole, j'ai littéralement "jeté" ma mère.

En "bonne mère", elle se proposait de prendre soin de moi, de venir vivre à la maison pour s'occuper des jumeaux, de nous....

Mais je ne supportais pas de voir son visage creusé par l'angoisse, ses yeux dans lesquels je voyais ma mort. Je ne supportais pas ses larmes, ses fausses paroles d'encouragement, d'espoir....

Je l'ai mise dehors. Avec l'aide de mon frère, qui a heureusement compris. Qui n'a pas cherché à me contredire. Qui a même gérer cette mère "trop aimante", lui donnant quasiment de - rares - heures de visite, avec mon accord, pour venir me voir....

Je crois qu'elle a compris mon comportement, même si cela a du être difficile pour elle.

Mais sincèrement,je ne pouvais pas agir autrement. Je ne pouvais pas me concentrer sur mon face à face avec la maladie et gérer le désespoir de ma mère, me voyant quasiment morte, comme une répétition de ce qu'elle avait vécu avec mon père...

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PETITE PHRASE

Publié le 12 Mai 2016 par Sophie dans cancer - témoignage

Une petite phrase de ma fille quand j'ai annoncé que les examens étaient excellents, que tout allait bien : "Tu vas reprendre le travail alors ?"

Cela m'a surpris. Je ne m'étais pas rendue compte que pour mes enfants le fait que je travaille était aussi important à leurs yeux. Si je travaille, c'est que je vais bien, c'est que je suis redevenue "normale", moi la maman hyperactive.

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EN MODE AVION

Publié le 12 Mai 2016 par Sophie dans cancer - témoignage

EN MODE AVION

C'est presque étonnant de voir comment la vie peut basculer en l'espace d'un quart de quart de seconde.

On passe un examen. On attend une heure pour avoir les résultats que l'on va chercher au guichet. La secrétaire vous tend le dossier que vous osez à peine ouvrir,comme une sentence de mort...ou de vie.

On ne devrait pas donner comme ca des résultats, aussi anonymement, dans la solitude complète. Recevoir une sentence, dans un couloir, seul, ce n'est pas bon...

On devrait exiger qu'un médecin accompagne le don des résultats.

Bon, en ce qui me concerne, après tout ce stress, ces angoisses, les résultats sont bons, excellents même. Pas de rechute. Plus de tumeur. Tout est redevenu normal.

Etonnant comme je suis quasiment dans un état second à chaque fois que je retourne au service d'oncologie pour faire les examens, que j'ai rdv avec le toubib. C'est comme si mon corps se mettait automatiquement en mode "avion", pour supporter toute cette angoisse inhérente à cette attente insupportable, pour savoir si oui ou non, je vais continuer à vivre.

Un mode avion qui perdure durant quelques heures encore après les résultats, comme si j'avais du mal à retourner au mode vie. Car oui, je vais vivre.

Prochain examen dans trois mois...

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TROUILLOMETRE

Publié le 10 Mai 2016 par Sophie dans cancer - témoignage

Demain IRM de contrôle.

J'ai le trouillomêtre à zéro.

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Calme

Publié le 27 Avril 2016 par Sophie dans cancer - témoignage

Calme

Il faut que je me ressaisisse. Ne pas céder à la panique. Accepter ce qui m'arrive. Faire avec. Du mieux que je peux, avec ce que j'ai.

En ce moment, je pense souvent au prof de gym de mes enfants, parti l'année dernière en trois mois, d'un cancer du pancréas. Il est parti, serein, ayant tout préparé durant ses derniers mois de survie, ayant dit au revoir à tous ceux qu'il aimait. Son enterrement, qu'il avait préparé lui même, est le plus beau de ceux auxquels j'ai assisté.

Son enterrement était un immense hymne à la vie.

J'aimerais avoir le courage de faire pareil.

Il faut que je me ressaisisse. Pour mes enfants, ma famille, mes amis. Il va falloir que je les accompagne.

Je ne ferai pas comme mon père qui n'a jamais rien dit, qui a fait comme si de rien n'était. Non, je vais parler, les accompagner ; leur dire que je les aime ; que l'on meurt tous un jour ; que moi, ca sera avant eux. Qu'il faut accepter.

Il faut que je prépare tout ca.

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Terrorisée

Publié le 27 Avril 2016 par Sophie dans cancer - témoignage

Terrorisée

RE-apparition des symptômes que je RE-connais.

Je suis certaine que la maladie est de retour, quatre mois après la fin des derniers traitements.

Je passe un IRM de contrôle dans une dizaine de jours...mais je ne me fais pas d'illusions.

Trouille, angoisse, colère, désespoir, fatalisme....j'alterne les émotions sans aucune maîtrise sur elles.

Je ne peux rien dire à personne. Tout cela est trop terrifiant.

Je ne sais pas comment je vais gérer ca.

Je ne sais pas comment je vais affronter une nouvelle attaque de la maladie.

Je suis terrifiée.

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PARI

Publié le 19 Avril 2016 par Sophie

PARI

Au moindre signal de mon corps, je me dis que la maladie est de retour, si tenté qu'elle soit un jour partie.

Et après l'angoisse et la colère, je me dis qu'il va falloir faire avec. Qu'il va falloir s'organiser.

Je sais aussi, que contrairement à la "première fois", l'espoir ne sera plus là. Ni chez moi, ni chez les autres.

Parce que la "première fois", on se dit que les traitements vont marcher, que nous, on va s'en sortir, et on a une confiance absolu en la médecine...

Mais lorsque la récidive est là, on sait parfaitement que la lutte est inégale et que l'on va perdre le combat, inévitablement.

Je ne sais pas si je vais accepter les traitements que l'on va me proposer. A l'heure actuelle, j'ai plus envie de profiter de la vie, de mes enfants plutôt que d'endurer des traitements terribles qui font du quotidien un enfer....pour gagner quoi ? Quelques années, quelques mois ? A quel prix.?

A l'heure actuelle, je ne souhaite pas que mes enfants vivent ce que j'ai vécu avec mon père, qui a enchaîné les traitements, jusqu'à l'épuisement...que de souffrances, que d'angoisses...

D'ailleurs, si la maladie repart, je ne sais pas si je vais en informer me proches dans l'immédiat, encore moins mes enfants...je ne veux pas qu'ils me voient morte avant que je ne parte.

Je crois que je leur dirai une fois que j'aurai apprécié la vie à leur côtés. L'été arrive, avec les vacances, le soleil, la plage et les beaux moments de l'existence.

Je mettrai les choses au point, après, lorsque l'on en aura bien profité. Lorsque l'on aura parié sur l'avenir, fait des projets ; lorsque j'aurai dit, encore et encore, à mes enfants que je les aime, que la vie les attend, qu'il faut avoir confiance en soi et faire tout son possible pour approcher le bonheur, et profiter, profiter, profiter de la vie.

Je veux vivre ces moments, ces instants sans que mes proches, mes amis, mes enfants voient en moi une future condamnée.

Je fais le pari de vivre avant de mourir.

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LACHER PRISE

Publié le 17 Avril 2016 par Sophie dans cancer - témoignage

LACHER PRISE

Je me rends compte que depuis que j'ai décidé d'accepter mon intense fatigue, mon corps fatigué, accepter de ne pas pouvoir faire ce que je voudrais faire - faire de grandes balades, skier, nager, courir, randonner... accepter cette vie au minimum, au ralenti, je vais mieux.

Depuis que je ne lutte plus, que je ne cherche plus à faire plus que je ne peux, cette fatigue, me semble t il, je la ressens moins.

J'apprends à me laisser aller, à écouter mon corps, à ne rien faire sans culpabiliser. J'apprends le vide, l'inaction. Les journées s'écoulent, lentement, sereinement sans angoisse, ni ennui, au rythme des films, des lectures, des siestes réparatrices, des repas à préparer et des enfants qui partent le matin au lycée et rentrent le soir.

Accepter et prendre le temps de la récupération. "Il faut être patient", me répète à chaque fois mon toubib. Depuis peu, je commence à comprendre...

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PUDEUR

Publié le 16 Avril 2016 par Sophie dans cancer - témoignage

PUDEUR

Je me souviens.

Durant les trois mois qu'ont duré les examens et les traitements, j'ai perdu toute pudeur.

Moi, l'hyper prude, limite pudibonde, qui a du mal à me mettre en maillot de bain, j'ai ôté ma culotte sans hésitation, offrant mon devant et mon derrière aux médecins et aux soignants sans aucun problème.Acceptant les touchers rectaux et vaginaux à de multiples reprises, acceptant la curiethérapie avec l'introduction dans mon vagin d'un énorme "bidule"...Ma guérison est à ce prix.

Cette offrande de mon corps ne m'a posé aucun problème, comme si mon corps ne m'appartenait plus, comme si je ne le sentais plus, comme s'il n'était plus mien.

D'ailleurs, avec le recul, je me demande si durant ces trois mois, j'étais vraiment consciente de ce qu'il m'arrivait, de ce que je vivais.

Les événements se sont succédés, rapidement, les uns derrière les autres, qui m'ont empéchés de penser. Je me suis laissée emporter, guider par les rendez-vous, les examens, les soins....Sans doute est ce pour cela que je ressens aujourd'hui ce besoin d'écrire sur tout ca, pour digérer, assimiler, réaliser cette "expérience oncologique".

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RELATIVITE

Publié le 16 Avril 2016 par Sophie dans cancer - témoignage

RELATIVITE

Je me souviens que bizarrement, quand j'ai cru que je n'avais plus que trois mois à vivre, j'ai eu l'impression que trois mois, c'était long, assez long pour faire ce qu'il me restait à faire.

Je me suis dit que trois mois, c'était largement suffisant pour organiser mon départ, dire au-revoir à tout ceux que j'aimais, mettre la paperasserie en ordre, préparer, prévoir l'avenir de mes enfants, leur assurer une sécurité qui leur permettrait de grandir sans moi.

Trois mois pour tout organiser. Organiser. C'est vraiment le mot qui me correspond le plus. A chaque fois que j'ai un coup dur, c'est lui qui revient. M'organiser pour mes enfants.

Je suis même allée jusqu'à me dire qu'en fait, j'avais de la chance de savoir que j'allais mourir et que je pouvais donc organiser mon départ, dire ce que je n'avais pas assez dit, - comme le si banal mais si nécessaire "Je vous aime", faire ce que je n'avais pas eu le temps de faire...

Mourir d'un seul coup, par surprise, n'est pas à mon goût. C'est choquant pour les proches et vicieux pour le futur défunt qui ne vit pas sa mort.

Aujourd'hui, j'ai largement dépassé ces trois mois, et, j'ai retrouvé une approche normale de la temporalité. Les journées me semblent longues ou courtes, ou vides ou bien remplies...Je suis revenue à la vraie vie.

Et je me rends compte que malgré cette expérience ultime, j'arrive même à oublier que la mort est la suite logique de la vie. Je recommence à vivre comme si j'étais...immortelle. Bref, je suis en vie....et j'ai dit ce que je souhaitais dire et fait ce que je souhaitais faire...

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